Cheminement démocratique des organisations paysannes

Jeux de pouvoir, Démagogie, influences extérieures

1994 : Le mouvement paysan au Cameroun souffre ses dix bougies, grandi et affaibli en même temps par des déchirements, des querelles intestines, des luttes, des rivalités, tous foyers allumés dès le départ e soigneusement entretenus autour du pouvoir.

Cette année là, comme un signe des temps, la plupart des leaders de la première heure sont éjectés du pouvoir, ceux qui se maintiennent , y parviennent au prix d’efforts énormes. Dans toutes les situations vécues, le sort des leaders reposait entre les mains des délégués. Ces élus de la base qui ont eu à cœur d’exercer leur mandat en toute souveraineté, responsabilité et selon des schémas propres à la démocratie, apportant de cette manière, la preuve que le mouvement paysan camerounais subit l’influence du contexte national pour ce qui est de la gestion de la vie publique.
Ce recueil tente de restituer les jeux l’aboutissement d’un long processus, la narration a dû poser ses limites dès la naissance du mouvement paysan au Cameroun. Nourri par l’expérience du SAILD qui vit au quotidien les problèmes paysans. Laquelle expérience a été complété ; pour certains points, par une enquête de plusieurs semaines avec une cinquantaine d’interviews, ce recueil développe l’intrigue à travers quatre situations correspondant à quatre organisations paysannes représentatives à plusieurs égards de la réalité locale : l’UGAPAB, la PCIDRK, le BOSSAPAL, et le CFPC.
Par son intensité, cette année avec sa cohorte d’évènement marquera longtemps les esprits. Voici dévoilés les jeux et les enjeux du pouvoir en milieu paysan tels que les dictés par la recherche de la démocratie ou le recours à la démagogie. Grands moments centrés sur une réalité poignante des organisations paysanne, à savoir l’apprentissage de la vie politique.

LE GENRE DANS LES ORGANISATIONS PAYSANNES AFRICAINES : Comment l’appliquer sans gêner ?

Comment renforcer les Organisations Paysannes (OP) africaines et celles de la zone sahélienne en particulier en améliorant en leur sein la pratique du genre? Tel est le but de l’ate­lier régional qui s’est tenu à Maroua au Nord du Cameroun du 20 au 24 Novembre 2000 sur le thème « le Genre dans les OP africaines: com­ment l’appliquer sans gêner? ».

 

Organisée par le SAILD (Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement) avec l’appui financier de ICCO-Hollande (Organisation Inter-Églises de Coopération), cette rencontre a regroupé 37 participants venus des OP et OA (organisme d’appui) de 5 pays : le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Bénin et le Cameroun. La salle de réunion du CDD de Maroua a abrité les travaux et a permis de:

  • échanger et analyser les expériences sur l’intégration et le vécue du genre par les OP dans leur évolution quotidienne, notamment les stratégies, les succès et les facteurs de blocage
  • dégager les actions à privilégier par les OP et/ou les OA, c’est à dire des pistes et des stratégies de l’approche genre dans leur processus de développement.

Les participants se sont d’abord accordés sur une signification concrète du genre pour/dans une OP, à savoir: « le genre est une approche d’analyse et d’action visant l’implication, à tous les niveaux, des femmes et des hommes de façon égale, dans une action qui les concernent tous ». Il demeure vrai que ce concept est à adapter selon le contexte. Ce d’autant plus que dans la zone sahélienne, les OP sont marquées par la pesanteur des valeurs culturelles et religieuses qui exercent une influen­ce répressive à l’épanouissement de la femme. Cela met en exergue toute la problématique du thème de l’atelier.

Des quatre études de cas (tirés des contribu­tions écrites envoyés par les participants) trai­tés pendant les travaux et de la descente sur le terrain dans une union de groupements à Djougui dans le Mayo Louti, où les séminaris­tes sont allés en observation participative à une réunion de relance des activités de cette OP, les participants ont eu à revivre la problématique du genre dans les OP de la zone sahélienne autour des enjeux de l’accès et le contrôle des ressources, la répartition équitable des rôles et tâches, l’élimination des discriminations, le partage des bénéfices des efforts communautai­res, l’accès à l’information, à la formation et à l’éducation.

Les travaux de groupes ont eu à traiter :

  • des actions concrètes à mettre en œuvre pour réussir la prise en compte du genre dans la vie d’une OP en insistant sur les chan­gements visés au niveau de condition des fem­mes, de la situation de la femme, des besoins stratégiques et des besoins pratiques des fem­mes.

Il s’en est dégagé que la question du genre est approchée différemment par les OP et les OA. Il serait souhaitable de l’aborder à partir des besoins pratiques actuels pour aboutir aux besoins stratégiques.

Les OA n’ont commencé à travailler sur le genre qu’en écho et à la suite des bailleurs de fonds. Les OP quant à elles pour la plupart, ne parlent du genre qu’en écho et à la suite des OA. D’où la nécessité d’un automonitoring conscient du processus d’intégration au sein des OP et à la réflexion sur une démarche d’accompagnement par les OA.

  • Quels sont les critères/indicateurs d’appréciation de l’avancée d’une OP vis-à-vis du genre au niveau des textes et règles de fonc­tionnement? Au niveau des activités de l’OP ?
  • Des pistes ont été proposées au niveau du choix des responsables, de la structuration, du mode de scrutin dans les votes, dans la tenue de réunions, dans le mode de communication, le mode de sanction, le mode répartition des fruits, la gestion transparente et autres
  • Quelle démarche d’accompagnement de la prise en compte du genre au sein des OP? Des actions concrètes à mener aux différentes étapes de l’activité (choix de l’activité, concep­tion de l’activité, conduite de l’activité, réalisa­tion de l’activité.

A l’issue des travaux, les résolutions suivantes ont été prises:

  • les OA dans leurs actions doivent recourir à une approche sensible au genre dans l’appui à la mise en place des organisations rurales. Ainsi cela favorisera une évolution qualitative du statut des femmes dans la socié­té.
  • que les moyens mis à la disposition des OP par les OA soient viables et adaptées aux réalités quotidiennes, c’est-à-dire qui tien­nent compte de l’application du genre selon chaque contexte.
  • que les participants se retrouvent après un certain temps pour évaluer l’évolution de l’intégration du genre dans les actions des OP/OA.
  • que les participants gardent le contact entre eux pour échanger les expériences pra­tiques de terrain.

LE MOUVEMENT PAYSAN CAMEROUNAIS

QUELLE EVOLUTIONS ? QUELS APPUIS ?

Edité Février / Avril 93

En Février 1991, nous avions été invité, avec Mamadou CISSOKHO, président de la Fédération des associations paysannes du Sénégal (FONGS), par le Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) à réaliser une mission de quatre semaines financée par la DDA pour aider cette organisation d’appui à se situer par rapport à la situation nouvelle créée par l’éclosion rapide de fédérations paysannes au Cameroun.

Nous avions rédigé à l’issue de cette mission des notes (« Aperçu sur l’évolution récente du mouvement paysan camerounais ».notes de mission auprès du SAILD, 23 février /21 mars 1991 – 98 pages) qui proposaient une analyse de la situation du mouvement paysan, telle que nous avions pu la percevoir à travers la visite de 6 fédérations et la participation aux travaux des instances de concertation entre fédérations paysannes (Conseils des Fédérations) et entre les fédérations et le SAILD (Comité des programmes), et rappelaient les conclusions tirées avec l’équipe du SAILD sur les conséquences de l’évolution de e mouvement sur les pratiques d’appui.

Exactement deux ans plutard, nous avons été à nouveau invité, cette fois seul, par le SAILD. Le temps imparti à cette mission était plus court (trois semaines : du 23 janvier au 11 février 1993), et un objectif plus ciblé avait été assigné à cette seconde mission puisqu’il s’agissait notamment d’aider le SAILD à définir les orientations stratégiques de son plan d’action triennal 1993/1996.

Mais bien entendu, avant de dégager ces orientations pour l’avenir, il était nécessaire de faire le point sur les évolutions en cours, et particulièrement celles concernant le mouvement paysan camerounais, ou du moins la partie de ce mouvement qui se développe dans la mouvance des actions d’appui du SAILD.

Le travail réalisé au cours de cette mission se prête à plusieurs niveaux d’exploitation :

C’est le SAILD qu’il va revenir d’exploiter les résultats des ateliers réalisés avec l’ensemble de l’équipe et quatre représentants du Conseil des Fédérations Paysannes du Cameroun (CFPC) et du Fonds Commun d’Appui aux Organisations Paysannes (FOCAOP) (2) et qui portaient sur la définition des orientations du Plan d’action triennal 1993/96 du SAILD.

Il nous a paru cependant utile d’expliciter, à l’intention de l’équipe du SAILD et des représentants paysans qui ont participé à ce travail la méthodologie d’animation utilisée pour faciliter la réflexion interne du SAILD. Nous avons donc rédigé à cet effet une note méthodologique que l’on trouvera annexée au présent document. Les principales caractéristiques de la conduite de cette mission y sont présentées.

Comme en 1991, nous avons choisi de ne pas produire un « rapport de mission », mais de rédiger des notes qui constituent une base d’informations et de réflexion.

Nous les avons orientées selon les deux axes définis par le SAILD pour délimiter les domaines d’intervention de nos missions (3) :

Réflexion sur l’évolution globale du mouvement paysan

Réflexion sur les stratégies et méthodes d’appui du SAILD à ce mouvement.

En ce sens, les présentes notes doivent être lues comme le prolongement des notes rédigées en 1991. Elles prennent appui sur les observations faites il y a deux ans pour mettre en évidence les évolutions significatives apparues depuis 1991.

Bien entendu, la portée de ces observations est indicative : bien des nuances ont nécessairement échappé au cours d’une observation plus rapide que celle il y a deux ans, alors que l’objet principal de l’observation à savoir le mouvement paysan camerounais, a pris entre temps de l’ampleur et nécessiterait plus de temps et de moyens pour être appréhendé de façon fine (en 1991, nous avions pu visiter la moitié des fédérations existantes ; cette année, le même échantillon ne représente plus que le quart des fédérations existantes).

Cependant, il apparaît très vite à l’observateur extérieur que le paysage s’est modifié dans cette relativement courte période, et pas seulement au niveau du nombre des organisations paysannes. Le maître mot des observations faites au cours de cette mission est celui d’évolution :

Nous nous attacherons à mettre en évidence dans la seconde partie de ces notes celles que nus avons remarqué dans les fédérations que nous avons signaler ici que de son côté le SAILD a connu lui aussi des évolutions au cours des deux dernières années : augmentation de la taille de son équipe, restructuration de ses services, création d’antennes décentralisées…

L’aboutissement du travail réalisé avec l’équipe du SAILD tendait également à définir une nouvelle plate forme stratégique permettant de faire évoluer les appuis du SAILD afin qu’ils puissent contribuer à la poursuite d l’évolution du mouvement paysan camerounais. On y reviendra dans la troisième partie.

Mais ces évolutions sot à mettre en perspective avec d’autres évolutions qui englobent le champ d développement des organisations paysannes : la société camerounaise est elle-même profondément prise dans un courant de changement économique, institutionnel, politique qui n’est pas sans conséquences sur le devenir des organisations paysannes, même si celles-ci et leurs partenaires ne parviennent pas à se situer très clairement dans ce contexte environnant. Nous proposerons dans la première partie de ces notes quelques éléments d’analyse de ce contexte qui constitue la « toile de fond » par rapport à laquelle doit être resituée l’analyse actuelle du mouvement paysan et des appuis qui peuvent lui être apportés.

Ces notes se présentent ainsi en trois séries :

NOTES 1 : REFLEXIONS SUR L’EVOLUTION DU CONTEXTE ET SES INCIDENCES SUR LE MOUVEMENT PAYSAN

NOTES 2 : OBSERVATIONS SUR L’EVOLUTION DU MOUVEMENT PAYSAN

NOTES 3 : REFLEXIONS SUR L’EVOLUTION DE L’APPUI AU MOUVMENT PAYSAN

Une NOTE METHODOLOGIQUE est e outre jointe en annexe.

La forêt qui cache l’homme

Edité en Octobre 1999

Le Sud Ouest Cameroun de notre étude est ce vaste ensemble forestier situé au sud du 6° degré de latitude nord et le 11° degré de longitude est. Au plan géographique, notre zone est caractérisée par la forêt primaire,  entrecoupée par de longues lignes des routes d’occupation humaine. Ses terres sont les plus humides du Cameroun. Sa pluviométrie reste toujours supérieure à 1700/1800 mm d’eau par an.

Dans cette région forestière évoluent deux principales catégories d’acteurs d’intérêts. Les populations locales autochtones qui vivent de la forêt et les exploitants forestiers dont les produis et l’espace forestiers sont la matière première de l’industrie. Ils sont estimés à environ 590 000 personnes, les pygmées et les bantou et ils sont les principaux occupants de cette région.

Bagyeli (Pygmées) et Ngumba, Mvaé, fang, Bulu Beti, Elog Mpoo (Bantou), se répartissent à 12,5 hts /km2 en moyenne.

A part les bagyeli qui vivent depuis toujours en nomades, la présence e ces lieux du reste de cette population résulte de plusieurs courants migratoires survenus aux siècles derniers. Leur vie est inféodée à cet espace et ses ressources, avec lesquels ils ont tissé des rapports étroits et très profonds, des lins vitaux.

Ainsi pour la construction de leur spiritualité, ces peuples, animistes en majorité, empruntent abondamment aux produits et à l’espace forestiers. Ces éléments rentrent dans les mythes comme acteurs principaux, tenant des rôles lés dans la vie de l’homme de la forêt. C’est ainsi que certaines espèces (animales et végétales) sont particulièrement craintes, vénérées, protégées.

L’univers forestier fournit aux autochtones des ressources diverses. Bien que l’agriculture soit entrain de s’installer dans les mentalités de ces populations, leurs activités traditionnelles demeurent systématiquement la chasse, la cueillette et la pêche. Ces ressources forestières sont aussi mises à contribution dans la nomination des villes et villages, ainsi que des hommes.

La problématique que nous abordons est liée à la forêt et à son exploitation par les différents acteurs, qui se comportent à la limite en antagonistes. La question est de savoir dans quelle mesure l’humanisation de l’exploitation forestière, qui est envisagée par l’Etat tient compte des intérêts de tous les protagonistes, les stake holders sur le triple plan de nationalité économique, de la pérennité de la ressource, et de la justice sociale.

Les droits des populations sur la forêt ainsi que sur ses ressources trouvent leur fondement dans la coutume et a légalité. Ils se résument en droit d’usage au régime confus et ambigu. Ceci st dû au fait que le droit coutumier n’est ni répertorié ni consigné, d’une part. d’autre part la législation forestière légale ne fait que les évoquer sans vraiment les caractériser.

Il est vrai que les droits d’usage sont tolérés sur les forêts communautaires et le domaine national. Mais ces droits sont précaires, et ils tombent (sont suspendus) chaque fois qu’on évoque le motif « cause d’utilité publique »

On constate donc que malgré une législation qui crée un cadre théorique d’épanouissement des différents acteurs, dont les populations locales, l’Etat se comporte en « stake holder », en acteur d’intérêt à côté des autres. Par ailleurs, il gère de façon plutôt autoritaire les forêts.

Cette absence de garant de l’équité dans la gestion de la ressource nationale démobilise ces populations, qui réagissent par le désintéressement et la passivité notamment, au moment où leur contribution pour les activités d’aménagement et de protection est irremplaçable. Ceci crée un écart entre le droit forestier étatique, les modes de production basés sur la culture itinérante et le système social. Car en se livrant à leurs usages des produits de la forêt, les populations n’ont nullement le sentiment d’être dans l’illégalité.

Par ailleurs, la nouvelle politique forestière se saisit sous deux aspects. Tout d’abord la philosophie d base qui la fonde, ensuite la stratégie, les objectifs, le plan d’action et les moyens nécessaires à sa réalisation.

En fait cette politique se fonde sur la notion de durabilité qui signifie qui signifie d’une part que cette gestion porte sur le global, c’est-à-dire tous les éléments de l’écosystème, d’autre part, qu’elle implique la rationalisation de l’exploitation, la protection de l’environnement et de la biodiversité, et le développement rural à travers la gestion responsable des ressources forestières.

Dans l’esprit de la loi, la création de forêts communautaires et individuelles et un panel d’avantages sociaux découlant de l’exploitation forestière sont supposés catalyser les dynamiques de changement pour un mieux être socio-économique des autochtones et une meilleure gestion du patrimoine forestier

Un carrefour international au village

 

 

L’idée d’organiser un carrefour international ne date pas d’hier. Voilà déjà quelques temps que le SAILD éprouve le besoin de rencontrer d’autres ONG œuvrant dans la même ligne. Le SAILD qui existe depuis à peu près 6 années, s’est considérablement développé, suivant les traces du mouvement paysan camerounais, lui-même en pleine expansion. L’organisation d’une telle activité correspondait initialement à l’intention de faire un premier bilan de son travail. Chemin faisant, le centre d’intérêt s’est porté sur le financement des organisations de base, une question qui interpelle régulièrement les agents du SAILD. Récemment, diverses expériences vécues intensément avec des fédérations ont confirmé que l’intérêt pour ce thème était réel en milieu paysan aussi.

 

Parmi les questions qui interpellent régulièrement les organisations paysannes, (que nous noterons OP dans la suite du texte) et les ONG qui jouent un rôle d’appui, les AO, il y a celles qui tournent autour de l’argent et du FINANCEMENT notamment celui qui est distribué par les organismes bi ou multilatéraux, ce que nous avons appelé de manière un peu étroite, les bailleurs de fonds (noté BF). L’argent, d’une manière ou d’une autre implique toujours des rapports de pouvoir, et celui possède l’argent et qui le distribue sous forme de dons, de subventions, ou de prêts, détient une part de pouvoir appréciable vis-à-vis de celui qui le reçoit. Ce qui nous amène automatiquement à soulever la question des RELATIONS qui s’établissent entre ces trois catégories d’acteurs influencés par le pouvoir de l’argent qui se trouvent sur le chemin du « développement ». C’est au cœur de ces deux problématiques, le financement et les relations entre les trois familles d’acteurs que s’inscrit le thème de ce carrefour.

POURQUOI CE GUIDE ?

La source de protéine animale la plus consommée actuellement au Cameroun est celle de la viande des monogas­triques (un seul estomac). De nos jours, la viande du porc, lapin et les produits de l’aviculture tels que viande de volailles et oeufs constituent un marché dynamique. Leur élevage qui avait jadis un caractère familial destiné à l’auto-consommation se modemise rapidement et s’oriente de ce fait vers une production du marché.

Face à une demande croissante et surtout au faible pouvoir d’achat de la population, les producteurs doivent être capables de satisfaire si ce n’est la totalité du moins une bonne partie à des coûts réduits.

L’élevage intensif et économique des monogas­triques nécessite des techniques de production et d’alimentation bien adaptées qui tiennent compte du coût de production permet­tant d’écouler un produit bon marché et accessible à tous les consommateurs. La part de l’alimentation dans le coût de produc­tion des animaux monogastriques avoisine 65 à 70 %

Ce guide a pour but donc de conseiller les agricul­teurs – éleveurs sur l’utilisation du soja pour l’alimentation des animaux domestiques. Cette source d’alimentation présente plusieurs avantages :

  • Sa disponibilité,
  • Disposition facile et régulière de la matière première,
  • Sa richesse en acides aminés essentiels,
  • Utilisation d’un aliment protéique bon marché dont la préparation se révèle relativement simple,
  • Ses bonnes performances alimentaires chez les animaux,
  • Sa transformation et cuisson faciles.

INTRODUCTION

Lorsque en avril 2001, en tournée d’accompagnement de l’anten­ne SAILD Centre, je fais arrêter le chauffeur en pleine pluie dans le village de Ngoulemakong à 2 km d’Akonolinga dans la province du Centre Cameroun pour demander à une femme la permission de cueillir une poignée de graines d’un arbuste perdu dans d’autres dans une haie; la femme très intelligente me dit : « cette plante est une vraie merveille, mon fils, elle produit depuis deux ans des grai­nes dont raffolent les enfants qui les cuisent dans leurs jeux de petits amoureux ; mais pour les adultes, nous n’y prêtons aucun intérêt. J’en ai cependant quelquefois goûté en cachette pour ne pas être objet de raillerie de mes coépouses et de mon mari. C’est notre soja d’ici. Je suis sûr que vous SAILD, vous pouvez nous aider à valori­ser cette culture ».

De fait dans mon enfance burundaise, ma grand-mère maternelle avait un petit bosquet de cette culture qu’elle récoltait quasi en permanen­ce et qui remplaçait le haricot en périodes de soudure sans qu’aucun soin ne soit apporté à cet arbuste.

En 1992, coordonnateur d’un programme d’appui à l’autopromotion dans la Province Orientale congolaise (Ex. Région du Haut-Zaïre), je rap­porte des semences du Bas-Congo où la culture est assez bien prati­quée, mais l’essai connaît un relatif échec. L’humidité excessive de la région et sans doute alors la méconnaissance de la technique culturale avaient entraîné la pourriture quasi totale des gousses après une bonne floraison. Les quelques graines récoltées dégageaient d’ailleurs une odeur nauséabonde à la cuisson.

C’est dire quelle était ma surprise de voir dix ans après de bonnes grai­nes de pois cajan en zone forestière camerounaise. Les vingt graines (dix poquets) que je plante à coté du bureau du SAILD produisent invariable­ment pendant 4 cycles de deux mois et demi 1,100 kg/saison de graines sèches qui me permettent de tester la plante chez quelques paysans et de mettre en place des essais grandeur nature sur 6000 m2. La condui­te de ces essais m’obligent alors à me documenter sur cette culture.

Le présent document, fruit des ces essais et de ces lectures est rédigé pour aider les vulgarisateurs et ensuite les paysans de l’Afrique centrale à promouvoir cette plante.

Je voudrais remercier toutes les personnes qui m’ont encouragé pendant ces deux ans dans cette petite recherche-action :

  • Tout d’abord mon épouse, qui après m’avoir donné les budgets pour ces essais puis mobilisé toute la famille pour la récolte et le bat­tage, a accepté de réaliser tous les tests culinaires et les faire parta­ger à ses amies. Merci aussi à tous les enfants.
  • Le Secrétaire Général du SAILD, perplexe au départ, m’a finale­ment soutenu.
  • Les cadres de l’antenne du SAILD Centre et les animateurs de l’ADEAC (Association paysanne pour le développement intégral des exploitants agricoles du centre Cameroun) qui, après avoir bien douté, ont finalement accepté d’aider dans quelques opérations.
  • Enfin et surtout les paysannes et les paysans du village Melen qui, sous la houlette de leur dynamique mari, père ou grand père Yoh Akono m’ont gracieusement offert du terrain, conduit toutes les opé­rations culturales, réalisé l’essentiel des observations et pris un peu pour tester chez eux.