Expérience n°3, André Nyemb See , ancien cadre de l’Ecole nationale de magistrature (Enam), retraité en 2002.

André Nyemb See, Aujourd’hui propriétaire de 6 hectares de palmier à huile à Maholo II.

«L’agriculture est souvent considérée comme le domaine des ratés, des incapables. En fait si quelqu’un n’a pas été à l’école, il ne pourra pas vraiment parler agropastoral. » C’est par cette déclaration que monsieur Nyemb a introduit son exposé ce jour. Sans doute l’a-t-il réalisé sur le chemin de l’agriculture, emprunté en 1992, alors qu’il était en fonction, et avait encore plusieurs années à passer dans l’administration.

« Cette année là, les fonctionnaires ont subi une chute de salaire terrible. J’ai vu le mien être divisé par trois. Ayant appris depuis le bas âge quelques activités agropastorales, ayant une racine au village, sachant que c’est la terre qui fait vivre, j’ai décidé de me lancer dans l’agriculture avec ma famille. » Raconte-t-il. Il poursuit : « Avec les conseils des amis, j’ai planté les arbres fruitiers, et des cultures vivrières. De 1992 à 2002, période dans laquelle j’étais encore en fonction, je ne me souviens pas avoir manqué un jour férié, ou un week-end sans aller au champ avec ma famille. »

Aujourd’hui propriétaire de 6 hectares de palmier à huile à Maholo II, dans le département du Nyonk et Kellé, l’ancien cadre de l’Enam ne cache pas son amour pour son nouveau métier. «J’oublie Yaoundé quand je suis au champ. J’aime semer, voir mes plantes grandir, récolter. Je gère ma plantation avec ma famille. Nous concevons, exécutons et faisons exécuter nous-mêmes nos travaux. » confie-t-il. Aussi donne-t-il ce conseil, quelque part, secret de sa réussite: «?Il faut aimer l’activité avant de s’engager. Il faut être entier. L’arbre aime sentir la présence de son planteur. Comme l’être humain, les plantes et les animaux ont besoin des soins. Même si on utilise la main d’œuvre extérieure, il faut être présent afin de la discipliner. »

Toutefois, André reconnaît que sa réinsertion dans son propre village n’a pas été facile après sa retraite. « Je n’ai pas été bien accueilli par tous. Les gens disaient que j’ai eu beaucoup d’argent, j’ai mangé seul. Et quand c’est fini, je viens accaparer les terres. » Se souvient-il, avant de prévenir : « Il ne faut pas s’attendre à un accueil chaleureux. Il faut s’attendre à des attaques, au sabotage, aux actes de sorcellerie, au vol. »
Sa solution trouvée, a été « de s’associer à un groupement, être le premier quand il s’agit des actions de développement du village comme l’entretien des routes, la construction des écoles ou des points d’eau, voire contribuer financièrement s’il le faut. ?»
Persuadé que la terre ne déçoit jamais, monsieur Nyemb envisage se jeter aussi dans la cacaoculture, et a déjà mis en place une pépinière. Sa leçon du jour, « La richesse est par terre, celui qui se courbe la déterre. »
M.M

Expérience n°3, André Nyemb See , ancien cadre de l’Ecole nationale de magistrature (Enam), retraité en 2002.
Pour le SG du Saild, les leçons du jour s’appliquent à tous: retraités, travailleurs, chômeurs.

12 conseils pour réussir sa reconversion
1. Bien se préparer financièrement, physiquement et psychologiquement?pour affronter les obstacles.
2. Aimer son activité avant de se lancer.
3. Oublier son statut, les honneurs du passé pour devenir agriculteur dans son esprit, dans son corps.
4. S’entourer des bons techniciens et conseillers pour ce qui est du choix des semences, du site, des techniques de culture pour ne pas faire des mauvais choix d’intrants, et obtenir de mauvais rendements.
5. Avoir une main d’œuvre qualifiée. C’est rare mais c’est nécessaire, car une main d’œuvre de moralité douteuse peut freiner votre activité.
6. Etre capable d’apprécier le travail de ses employés, être un exemple pour ses ouvriers.
7. Eviter au maximum les sites enclavés, pour réduire les charges de transport.
8. Il est mieux d’avoir un terrain à soi que de louer. Il faut compter sur soi même.
9. Commencer petit pour maîtriser la technique de culture avant d’agrandir son exploitation.
10. Diversifier ses sources de revenus avec des cultures ou des élevages à cycle court, et mettre en valeur les connaissances qu’on avait avant la retraite.
11. Pour la commercialisation, se connecter à un bon réseau de vente, s’organiser en coopérative. Ne jamais oublier l’adage agropastoral: il faut vendre avant de produire.
12. Ne pas négliger sa santé. S’examiner régulièrement, même si on n’est pas malade, pour savoir jusqu’où on peut aller, suivant nos capacités physiques.

Les participants, venus de localités diverses se sont accrochés aux lèvres des conferenciers.
Ils ont dit…
– « Sache ce que tu veux, mais mesure les moyens pour savoir ce que tu peux.» Gaston Andela
– « La reconversion peut se faire à tout âge. Il suffit de rester actif pour rester jeune.» Pauline Nkamga
– « Les cultures pérennes c’est la meilleure pension qui soit.»

André Nyemb See

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