La culture du pois à cajon

Lorsque en avril 2001, en tournée d’accompagnement de l’anten¬ne SAILD Centre, je fais arrêter le chauffeur en pleine pluie dans le village de Ngoulemakong à 2 km d’Akonolinga dans la province du Centre Cameroun pour demander à une femme la permission de cueillir une poignée de graines d’un arbuste perdu dans d’autres dans une haie; la femme très intelligente me dit : « cette plante est une vraie merveille, mon fils, elle produit depuis deux ans des grai¬nes dont raffolent les enfants qui les cuisent dans leurs jeux de petits amoureux ; mais pour les adultes, nous n’y prêtons aucun intérêt.

J’en ai cependant quelquefois goûté en cachette pour ne pas être objet de raillerie de mes coépouses et de mon mari. C’est notre soja d’ici. Je suis sûr que vous SAILD, vous pouvez nous aider à valori¬ser cette culture ».
De fait dans mon enfance burundaise, ma grand-mère maternelle avait un petit bosquet de cette culture qu’elle récoltait quasi en permanen¬ce et qui remplaçait le haricot en périodes de soudure sans qu’aucun soin ne soit apporté à cet arbuste.

En 1992, coordonnateur d’un programme d’appui à l’autopromotion dans la Province Orientale congolaise (Ex. Région du Haut-Zaïre), je rap¬porte des semences du Bas-Congo où la culture est assez bien prati¬quée, mais l’essai connaît un relatif échec. L’humidité excessive de la région et sans doute alors la méconnaissance de la technique culturale avaient entraîné la pourriture quasi totale des gousses après une bonne floraison. Les quelques graines récoltées dégageaient d’ailleurs une odeur nauséabonde à la cuisson.
C’est dire quelle était ma surprise de voir dix ans après de bonnes grai¬nes de pois cajan en zone forestière camerounaise. Les vingt graines (dix poquets) que je plante à coté du bureau du SAILD produisent invariable¬ment pendant 4 cycles de deux mois et demi 1,100 kg/saison de graines sèches qui me permettent de tester la plante chez quelques paysans et de mettre en place des essais grandeur nature sur 6000 m2. La condui¬te de ces essais m’obligent alors à me documenter sur cette culture.

Le présent document, fruit des ces essais et de ces lectures est rédigé pour aider les vulgarisateurs et ensuite les paysans de l’Afrique centrale à promouvoir cette plante.
Je voudrais remercier toutes les personnes qui m’ont encouragé pendant ces deux ans dans cette petite recherche-action :

• Tout d’abord mon épouse, qui après m’avoir donné les budgets pour ces essais puis mobilisé toute la famille pour la récolte et le bat¬tage, a accepté de réaliser tous les tests culinaires et les faire parta¬ger à ses amies. Merci aussi à tous les enfants.

• Le Secrétaire Général du SAILD, perplexe au départ, m’a finale¬ment soutenu.

• Les cadres de l’antenne du SAILD Centre et les animateurs de l’ADEAC (Association paysanne pour le développement intégral des exploitants agricoles du centre Cameroun) qui, après avoir bien douté, ont finalement accepté d’aider dans quelques opérations.

• Enfin et surtout les paysannes et les paysans du village Melen qui, sous la houlette de leur dynamique mari, père ou grand père Yoh Akono m’ont gracieusement offert du terrain, conduit toutes les opé¬rations culturales, réalisé l’essentiel des observations et pris un peu pour tester chez eux.

Déo Ntima NIYONKURU Directeur du SAILD Appui

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