Un atelier de présentation des résultats nationaux de l’étude sur l’efficacité de la foresterie communautaire dans trois pays d’Afrique Centrale dont le Cameroun, le Gabon et la RDC s’est tenu ce 13 février 2025 au quartier Tsinga dans la ville de Yaoundé.
Dans quelle mesure les actions dans le cadre de la foresterie communautaire ont-elles impacté positivement les moyens d’existence des populations locales en Afrique centrale ? Telle a été la problématique d’une recherche postdoctorale menée par un consortium d’institutions de recherche et d’organisations. Il s’agit du Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD), de l’Institut de Recherches Agronomiques et Forestières (IRAF), du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et l’organisation Actions pour la Promotion et Protection des Peuples et Espèces Menacées (APEM). L’étude a été menée pendant 18 mois dans trois pays d’Afrique Centrale dont le Cameroun, le Gabon et la République Démocratique du Congo. L’objectif était d’y faire un diagnostic profond de la foresterie communautaire. Afin de rendre public les résultats de cette recherche, le SAILD leader du consortium a organisé un atelier de restitution au quartier Tsinga dans la ville de Yaoundé. C’est par visio-conférence que les acteurs du Gabon et de la République Démocratique du Congo se sont joints aux échanges.
La rencontre a rassemblé une vingtaine de participants aux profils variés. Dont des organisations de la société civile et internationales, des institutions de recherche, des membres d’administration, et des promoteurs et gestionnaires des forêts communautaires dans les trois pays. Selon le Chercheur postdoctoral du projet en service au SAILD, les résultats de la recherche conduite sur la base des enquêtes de terrain simultanément dans les trois pays présentent des fautes de gestion des forêts communautaires. « Pour le cas du Cameroun, on relève que 58% des fonds évoqués pour les activités de gestion sont dépensés hors des villages et seulement 42% dans les villages. On peut tirer des conclusions qu’on veut sur ces résultats », a souligné Fabrice Kengne.
Egalement dans l’ensemble des Etats, des faiblesses ont été observées au niveau de la capacité pour les forêts communautaires à préserver le couvert forestier. « On voit que les situations sont diverses d’une forêt à l’autre et d’une zone à l’autre. Mais il y’a eu autant de pertes dans les forêts communautaires que dans les espaces sans forêt communautaire », a-t-il conclu.
Les résultats nationaux de l’étude conduite dans le cadre du Programme RESSAC (Recherche appliquée en écologie et en sciences sociales en appui à la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale), sur financement de l’Union Européenne serviront pour l’élaboration d’une synthèse sous régionale, présentant la situation globale de la foresterie communautaire dans la sous-région.
Préserver le couvert forestier est impératif
L’atelier rythmé par des prises de paroles et des travaux de groupe a par ailleurs permis aux parties prenantes de relever des manquements et de faire des suggestions en vue d’améliorer l’étude menée. Pour Christiane Zebaze, de l’Association Forêt et Développement Rural (FODER) l’étude dans son fond est très pertinente car elle permet de mieux évaluer l’impact de la foresterie communautaire sur le développement rural. « De manière générale vu les résultats, l’impact de ce concept pour le développement rural reste très mitigé et pourrait avoir un impact plus important si la manière dont il est mis en œuvre sur le terrain change. Par exemple il faudrait véritablement prendre en compte les intérêts et les besoins pratiques des populations autochtones pour qu’elles soient à même de contribuer au développement au niveau local », a-t-elle précisé.
En effet, les forêts communautaires sont des terres attribuées de manière formelle aux populations locales afin qu’elles puissent y conduire diverses activités dans le but d’améliorer leurs conditions de vie et contribuer à la préservation et la conservation du couvert et des écosystèmes forestiers. Au regard des résultats de l’étude qui démontrent à suffisance que ces objectifs ne sont pas atteints dans les trois pays concernés, les avis convergent vers une révision des modèles de gestion des forêts communautaires afin qu’elles contribuent significativement à lutter contre la pauvreté rurale et à l’utilisation pérenne des biens et services de la forêt.
- Sharon Maché


